Édito // Ne relâchons pas nos efforts pour maintenir notre solde structurel

Alors que le dé-confinement s’accélère, on commence à avoir une idée du montant du « Quoi qu’il en coûte » formulé par le Président de la République mi-mars. Ce seront probablement plus de 500 milliards d’euros qui auront été injectés dans notre économie pour amortir le choc de cette crise inédite et accompagner la relance de l’activité. L’ampleur de cette réponse pourrait laisser penser que ces sommes colossales sont finalement facilement mobilisables pour un pays comme la France. C’est vrai et c’est faux en même temps. Le Rapporteur spécial du Budget Laurent Saint Martin l’a parfaitement expliqué mercredi dernier, en commission des Finances, à la faveur de la présentation des conclusions de sa mission flash sur la dette publique.

C’est vrai, la France n’a aucune difficulté à emprunter sur les marchés, même si avec la crise COVID, son ratio d’endettement s’est envolé à presque 121%. La dette souveraine française est depuis longtemps une des plus attractive et considérée comme les plus sûres avec la dette américaine et la dette souveraine allemande. Les investisseurs ont confiance en nos fondamentaux économiques et notre capacité à lever l’impôt et malgré la crise, cette appréciation ne s’est pas dégradée. La grande transparence dans la gestion de la dette par l’Agence France Trésor, la prévisibilité de sa stratégie d’émission sont aussi des atouts de poids. J’ai pu participer il y a 2 ans, à la sélection par l’AFT des banques qui commercialisent la dette française à travers le monde et j’ai pu vérifier la réputation de fiabilité et de professionnalisme dont bénéficie cet organisme. Les taux d’intérêts structurellement bas, liés notamment à l’excès d’épargne, les interventions massives de la BCE, une tendance déflationniste et les dispositifs de solidarité de l’Union Européenne créent, par ailleurs, un environnement favorable à la maîtrise du coût de la dette.

Comme dans la bonne blague de celui qui tombe d’une tour, on pourrait alors dire que jusque-là, tout va bien. Mais en réalité, c’est aussi faux, même si l’important, c’est l’atterrissage La première Loi de Finance rectificative prévoyait un déficit public à -3,9% (au lieu des -2,2% attendus initialement pour 2020) alors que la seconde le corrigeait à  -9,1%. Le 3ème PLFR que nous examinerons la semaine prochaine en séance l’estime plutôt à -11,4% du PIB. Cette accélération du déficit est le reflet de l’impact de la crise, mais elle révèle aussi l’ampleur des mesures prises par le gouvernement pour y faire face. Évidemment, ces chiffres sont alarmants, mais il faut garder à l’esprit que ce déficit est conjoncturel ; il est lié à des mesures temporaires et à un contexte particulier. Le déficit structurel, – le déficit « corrigé » des effets de la conjoncture – lui, se porte mieux, puisqu’il resterait limité à 2,2 % du PIB, stable par rapport à 2019. Le déficit structurel, c’est l’atterrissage et jusqu’ici tout va bien. Nul ne sait ni ne peut vraiment prédire comment nous allons sortir de cette crise. Mais si de nombreux secteurs sont en grande difficulté – je le mesure à travers les témoignages que vous me transmettez chaque semaine – les indicateurs économiques « en temps réel » font déjà état d’une reprise progressive de l’activité.  

Alors ne relâchons pas nos efforts pour maintenir notre solde structurel et faisons comme les marchés, gardons confiance !